Demain, les divans

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L'homme blanc

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Ma colère et ma honte d’homme blanc vont d’abord contre moi-même puis gagnent autour mes proches et puis toute ma race. Elles remontent les âges de l’humanité et jusqu’aux plus anciennes traces de l’omnivore dont nous sommes les descendants. Elles trouvent à se nourrir de sa peur depuis l’origine du temps de l’homme. Car la peur est au principe de l’homme blanc. C’est la peur qui tend en lui cette corde vicieuse qui le transforme en prédateur absurde, la peur du manque. Il n’a malheureusement pas su se rendre à l’idée, comme d’autres hommes l’ont fait, ou n’ont pas eu à le faire peut-être, que cette peur atavique pouvait un jour ne plus avoir d’objet, ne plus avoir d’autre raison que de s’entretenir elle-même comme un feu ravageur, comme si elle était son âme, son vecteur, sa conscience même.

Nous voyons aujourd’hui, après des siècles de ravage, de guerres, d’extermination, d’esclavage, comment le caillou qui nous nourrit s’épuise de notre avidité insatiable mais ça ne suffit pas à enrayer cette machine infernale. Il en est même qui, fidèles à ce principe mortel, vont jusqu’à appeler de leurs vœux que ce comportement non seulement ne soit pas remis en cause mais qu’il s’accélère, au prétexte qu’il serait le remède à la maladie créée par lui. Vaincre le mal par le mal est en l’occurrence une stratégie à tous les coups perdants. Mais il y a l’espace, Mars, la Lune et au-delà, nos prédateurs en chefs en salivent déjà, mais ils craignent tout de même le voyage, les grands espaces froids du cosmos. Ils escomptent du progrès qu’il leur donne les moyens techniques d’aller coloniser là-haut.

Il ne faut donc pas arrêter le progrès, pas arrêter la route de fer et de feu, pas chercher une autre voie, une autre façon de continuer de vivre que de dynamiter la montagne sacrée, y faire un trou pour accéder à l’horizon d’or et d’abondance retrouvée, au nouvel Eldorado. Car pour l’homme blanc il y a toujours un nouvel Eldorado, un nouveau filon aurifère à exploiter quelque part, une nouvelle occasion de devenir fou de gloire et de pouvoir une nouvelle raison de se répandre sur la vierge plaine comme une nuée dévastatrice.

Et voici que les Chinois, empoisonnés par notre culture sans doute, nous emboitent le pas avec une efficacité que nos capitalistes sans doute leur envie. Je ne crois pas qu’une même peur atavique soit au principe de cette marche forcenée au progrès, à la conquête matérielle, à la puissance commerciale. Comme jadis les Russes faisaient la course à l’espace et l=à l’arme atomique contre les Américains avec le résultat que l’on sait, les Chinois font aujourd’hui la course contre le reste du monde, prenant une revanche qui pourrait nous anéantir tous à brève échéance sous les gaz à effet de serre.

Le capitalisme est la forme économique et politique de cette peur du manque. Il croit sans cesse et ne saurait s’arrêter sous peine de perdre sa substance et son auto légitimation. Toute voie de changement qui ne remet pas en cause la pérennité de ce système est vouée à le reproduire, à reproduire sa logique de prédation fondée sur la logique utilitariste de la destruction-créatrice.

Nous avons laissé cette logique dévaster de belles et pacifiques civilisations, des cultures merveilleuses ; des peuples entiers ont succombé à l’avidité horrible de cette bête immonde. Sera-ce notre tour maintenant de nous effondrer dans la fosse béante de notre effroi ?