Demain, les divans

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Lucidité

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Ça y est, je n’y crois plus !

Longtemps, jusqu’à ces jours-ci, j’ai cru que l’humanité, enfin éclairée, pouvait comme un seul homme changer le cours des choses, prendre la mesure de l’urgence et modifier son comportement à l’égard de la nature, dans les relations des hommes entre eux, aller unanimement vers un mode de vie plus simple, moins consommateur de ressource, plus respectueux, plus frugal. Me bercer d’illusions me permettait sans doute de garder le moral béat des endormis qui rêvent secrètement encore à des lendemains chantants.

Rien dans l’histoire de l’humanité ne me permet de croire un tel réveil possible, surtout à l’échelle planétaire, de quelle conscience collective ? Cela existe-t-il un conscient collectif, et même un inconscient collectif ? Je ne crois pas. L’homme est un être social jusqu’à moins le quart. Peut-on dire que la situation est sans précédent, ce qui justifierait de croire en un sursaut général devant la menace de plus en plus avérée d’une extinction de l’humanité ? L’humanité a vécu à moins cinq de l’apocalypse nucléaire pendant des décennies sans changer de cap pour autant. D’ailleurs, cette apocalypse-là continue largement de nous pendre au nez si l’on ne veut pas s’engager à dire qu’elle a déjà commencé.

L’humanité, dans son existence même en tant qu’espèce, se menace d’extinction sur plusieurs fronts. Le front du nucléaire et celui du climat étant les deux grandes menaces identifiées, nous pouvons y ajouter depuis peu celui de la menace pandémique, amplement explorée par le cinéma et la littérature d’horreur et de science-fiction. Malgré l’évidence et la reconnaissance de ces menaces nous persistons globalement dans nos comportements destructeurs, nous les avons même accentués gravement ces dernières décennies.

En tant qu’utilisateur de la machine je ne peux que me taper sur les doigts, même si je me justifie en argumentant le fait que sans elle je ne pourrais plus communiquer avec mes semblables et travailler à l’éveil tant rêvé des consciences. C’est un rêve en effet, se faire un cinéma de ce retournement global des hommes contre eux-mêmes. Il faudrait l’arrivée comme on nous la montre au cinéma, tant souhaitée, tant redoutée, d’une force messianique, d’aliens sauveurs venus du fond de l’infini de l’espace grâce à leurs vaisseaux dotés de super pouvoirs, nous montrer comment il faut faire !

Le problème c’est que, moins efficacement que les autres êtres vivants, nous luttons pour notre survie en dernière extrémité. La lutte, le combat, le front est concurrentiel. Nous ne luttons pas pour survivre mais pour nous approprier toujours plus, pour avoir mieux que le voisin, pour paraitre en société, pour jouir sans fin. Lorsque c’est notre survie qui est en jeu, il est souvent déjà trop tard, nous avons laissé le mal s’installer, faire son trou, nous envahir !

Mais ne faut-il pas y croire ? La croyance n’est pas un phénomène rationnel, elle ne relève pas de la raison. Ne pas y croire, ne plus croire, n’est-il pas encore plus dangereux ? J’y vois un risque de repli sur soi, un risque de déprime générale devant une fin du monde anticipée. C’est déjà ce qui arrive me direz-vous peut-être, et vous n’auriez pas tort, qu’est-ce d’autre que la collapsologie ? C’est d’ailleurs amusant de constater que celle-ci bâtit une sorte de croyance dans la capacité des hommes à refonder une société sur les ruines de l’humanité. C’est bien la première fois dans l’histoire qu’une telle chose arrive. On a déjà vu bien sur l’humanité se relever après l’effondrement d’une civilisation, mais jamais encore après son extinction.

Avoir la foi, avoir foi en l’homme, est-ce un choix seulement ? Je ne suis pas au bout de cette réflexion difficile.