Demain, les divans

Blog du Grand Foutoir Analytique - Espace de création et d'échange

L'écrivain

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Quel écrivain je suis qui n’est pas foutu d’écrire une histoire ou si rarement ? Enfin, je suis de nouveau à me flageller, à être envers moi injuste et accusateur. Ça n’est pas vrai que je ne sois pas capable d’inventer une histoire, je l’ai déjà fait avec des nouvelles de science-fiction, deux. Ce n’est pas beaucoup ! Les deux fois ces histoires courtes concernaient un seul personnage. Non plus, cela n’est pas exact non plus ! Pourquoi je veux à tout prix dénigrer ce que je produis, me persuader que je suis incapable ? Dans "Il y a des bulles dans le pineau" il y a au moins 2 personnages, et même des dialogues. Deux, ça fait pas bézef.

J’ai en cours une histoire dans laquelle je raconte des obsèques. Autour, c'est une histoire familiale qui se trame peu à peu, avec des personnages, plein. Je voudrais la décentrer, transformer en fiction le déroulé authentique d’obsèques que j’ai vécues. Il me faudrait en approfondir les personnages, les composer. Cela me parait un travail si difficile, si hors de ma portée ? Pourquoi donc je ne me laisse pas aller ? N'ai-je plus d'imagination ?

En annexe de son merveilleux « Journal d’un curé de campagne » Bernanos expose brièvement dans un courrier sa façon d’écrire, de travailler. Il avance en découvrant en quelque sorte ses personnages. Il a une idée de départ sans doute mais qui se façonne comme un sculpteur façonne son bloc, sa pierre, sa souche. Peu à peu les détails émergent, ils ne sont pas là au début. Craindrais-je ici la découverte, la surprise ? Il se peut même que l’essaie ne mène nulle part et que le travail soit abandonné pour un autre, est-ce grave ?

Je m'imagine un travail artisanal, une sorte de labeur fastidieux dans lequel le plaisir serait évincé au profit de l'objet. C'est aussi que j'ai du mal a tenir la distance. Dès que le temps s'étire entre le début et l'aboutissement éventuel ma motivation, mon désir s'émousse, la culpabilité de ne pas y arriver prend le pas sur le plaisir d'écrire. Arrivé là je m'égare, je me laisse distraire, les outils parfois supplantent l'objet.

Et puis il y a le temps, et l'autre.

Le temps m'affole je crois. La peur de la mort ? Sans doute, la peur de vieillir, de sentir dans mon corps s'insinuer la vieillesse d'abord, puis la mort. La durée compte, c'est bien le cas de le dire. Un travail comme celui d'écrire un livre grignote sur la vie. Remarquez qu'en même temps ça maintient en vie, ce qui est à prendre en considération. Se lever tôt le matin, travailler à mes écritures, sans doute cela fait-il une sorte de gymnastique de l'esprit plutôt salutaire. Chercher les bons mots, articuler les intrigues afin que cela tienne la route, que ça ne soit pas n'importe quoi, c'est un bon exercice.

L'autre, parce que je ne suis pas un ermite, je vis en couple, il me faut donc compter avec ce qu'elle veut, ce qu'elle ne veut pas, ce qu'elle aime, ce qu'elle n'aime pas. Il me faut écouter ce qu'elle a à dire du fait que j'écrive, du fait que je me lève tôt pour écrire. Il semble qu'elle l'accepte plutôt bien, qu'elle le comprenne, à moins qu'elle ne considère cela comme une lubie passagère, prenant son mal en patience. Mais je n'ai pas à penser pour elle.

J'ai plusieurs "lieux" d'écriture dans lesquels je travaille simultanément si je puis dire. Je veux dire que je me lève et que je commence par le blog, ici, puis je vais ensuite à mon ouvrage en cours que j'écris dans un logiciel et enfin j'ai mon site internet, développé à l'aide du WWD de mon ami Éric Méaux, j'écris dans Atom, un éditeur fantastique.